Thomas Kahn : la voix soul qui a dû réapprendre à chanter
Il suffit parfois de quelques secondes pour reconnaître une voix.
Celle de Thomas Kahn fait partie de ces voix-là. Grave, chaude, légèrement rocailleuse, elle semble porter avec elle une histoire avant même que les paroles commencent. Une voix qui évoque immédiatement la soul américaine, Otis Redding, Al Green ou encore Charles Bradley.
Pourtant, derrière cette voix qui a aujourd’hui trouvé sa place dans la scène soul française se cache un parcours loin d’être linéaire.
Avant de devenir chanteur, Thomas Kahn était graphiste. Il a joué dans le métro parisien, multiplié les petits concerts et travaillé sans relâche pour tenter de vivre de sa musique. Puis il a été remarqué par The Voice en 2015.
Mais le plus incroyable dans son histoire est peut-être ce qui est arrivé ensuite.
Après des années de concerts et une soixantaine de dates sur une seule tournée, sa voix finit par le lâcher. Une opération des cordes vocales et une année de silence vont l’obliger à réapprendre à utiliser son principal instrument.
En 2026, Thomas Kahn revient donc avec un nouvel album.
Et cette fois, chaque chanson semble avoir un goût particulier : celui d’une renaissance.
Une première vie loin de la scène
Thomas Kahn est né le 17 août 1988. Avant de se consacrer entièrement à la musique, il suit des études et se destine notamment à une carrière dans le graphisme et l’architecture.
La musique est pourtant déjà présente dans sa vie.
Il découvre la guitare et commence à apprendre seul grâce à des revues musicales. Progressivement, il se passionne pour les grandes voix de la soul et du blues et développe un univers profondément marqué par la musique noire américaine.
Mais il ne devient pas immédiatement chanteur professionnel.
Il travaille comme graphiste et, parallèlement, commence à jouer dans les bars et dans le métro parisien.
Cette période est déterminante.
Thomas doit apprendre à se faire connaître sans maison de disques, sans équipe importante et sans véritable réseau dans l’industrie musicale.
Il devient en quelque sorte son propre tourneur et enchaîne les concerts.
En quelques années, il joue plus d’une cinquantaine de dates par an.
Le métro comme première grande scène
Pour beaucoup de musiciens, jouer dans le métro peut sembler être une étape provisoire.
Pour Thomas Kahn, ce sera une véritable école.
Il y apprend à capter l’attention de passants qui ne sont pas venus spécialement pour l’écouter. Il doit convaincre en quelques secondes, transmettre une émotion et faire oublier le bruit ambiant.
Cette expérience lui permet également de se confronter directement au public.
Et rapidement, les choses commencent à bouger.
Thomas se produit dans des bars, des salles de concert et assure les premières parties d’artistes reconnus.
En quelques années, il va donner plus de 200 concerts en France et même se retrouver devant des milliers de spectateurs lors de prestations au stade Marcel-Michelin de Clermont-Ferrand.
La musique qui n’était au départ qu’une passion devient progressivement un métier.
2015 : The Voice change la donne
En 2015, Thomas Kahn participe à la quatrième saison de The Voice.
Pour son audition à l’aveugle, il choisit un titre emblématique : « Redemption Song » de Bob Marley.
Sa voix immédiatement reconnaissable séduit les coachs et lui permet d’intégrer l’équipe de Zazie.
Au cours de l’aventure, il interprète notamment « One » de U2 lors des Battles face à Greg Harrison, puis « Dusty Men » de Saule et Charlie Winston lors de l’épreuve ultime.
Il ne remportera pas l’émission.
Mais finalement, ce n’est pas ce qui compte le plus.
The Voice lui offre une visibilité nationale et permet au grand public de découvrir cette voix singulière.
Thomas Kahn peut alors commencer à transformer cette exposition en véritable carrière.
La soul comme évidence
Thomas ne cherche pourtant pas à devenir une simple vedette de télé-crochet.
Son ambition est ailleurs.
Il veut défendre une musique qui lui ressemble : une soul moderne, nourrie par les grands classiques américains mais également par le reggae, le rock et la pop.
Parmi ses influences figurent Otis Redding, Al Green et Charles Bradley, mais également Ben Harper. Son univers est aussi marqué par des artistes reggae comme The Gladiators, Clinton Fearon, Patrice, Toots ou Ken Boothe.
Il y a chez lui une volonté importante : ne pas simplement reproduire la soul des années 1960.
Il veut en conserver l’esprit tout en racontant sa propre histoire.
Des premiers EP à « Slideback »
Après The Voice, Thomas Kahn poursuit son chemin avec plusieurs projets indépendants.
Il publie notamment les EP Bluedy Mary en 2015 et Pulse en 2016. Puis arrive en 2019 son premier album, Slideback.
Le disque est particulièrement personnel.
Thomas y évoque des épisodes importants de sa vie et notamment les choix qui l’ont conduit à abandonner progressivement sa première carrière pour se consacrer à la musique.
Le morceau « Blame and Regret » figure parmi les titres qui retiennent particulièrement l’attention.
Ce premier album confirme surtout une chose : Thomas Kahn n’est pas simplement un chanteur à la belle voix.
C’est un auteur-interprète qui a des choses à raconter.
« This Is Real », l’album de la maturité
En 2022, Thomas franchit une nouvelle étape avec This Is Real.
Le disque devient une véritable carte de visite artistique.
On y retrouve notamment « Hope », « More Than Sunshine », « Don’t Look at Me » ou encore « It Won’t Be So Long ».
L’album est profondément soul, mais il reste très personnel.
Thomas y parle de ses expériences, de ses doutes, de ses relations et de cette volonté de continuer à avancer malgré les difficultés.
Le projet est également marqué par une belle reconnaissance médiatique.
Il aura notamment l’occasion de présenter sa musique dans l’émission Taratata, avec plusieurs titres enregistrés en live aux Real World Studios.
Une voix qui devient sa signature
Ce qui frappe chez Thomas Kahn, c’est évidemment son timbre.
Une voix grave, légèrement cassée, capable de passer de la douceur à une puissance impressionnante.
Mais Thomas ne cherche pas la démonstration vocale pour elle-même.
Son approche est davantage celle de l’interprétation.
Il suffit parfois d’une phrase, d’un souffle ou d’une légère inflexion pour faire passer une émotion.
C’est probablement ce qui explique pourquoi son univers fonctionne aussi bien sur scène.
La soul, chez lui, n’est pas seulement une question de style musical.
C’est une manière de raconter.
Puis la voix lâche
Après des années de concerts, le corps finit pourtant par réclamer une pause.
Thomas Kahn enchaîne les tournées et les dates. Jusqu’à environ 70 concerts sur une période particulièrement intense.
Mais cette cadence finit par avoir des conséquences.
En septembre 2024, il doit subir une opération des cordes vocales.
Pour un chanteur, l’épreuve est évidemment considérable.
Mais pour Thomas, elle va devenir encore plus difficile : il doit accepter une longue période sans pouvoir utiliser normalement sa voix.
Commence alors une année de rééducation et de silence.
Pour quelqu’un qui a fait de sa voix son métier, le silence peut sembler paradoxalement assourdissant.
Une année pour réapprendre à chanter
Cette période bouleverse Thomas Kahn.
Il doit réapprendre à utiliser sa voix et surtout accepter de ne plus pouvoir chanter comme avant.
Mais cette épreuve va également modifier son rapport à la musique.
Il comprend qu’il ne veut plus jamais chanter « à moitié ».
La voix devient quelque chose de précieux, presque fragile.
Et cette fragilité va nourrir son prochain album.
« Undertones », l’album de la renaissance
En septembre 2026, Thomas Kahn doit publier son troisième album : Undertones.
Le titre signifie « nuances » en anglais.
Un nom particulièrement bien choisi pour un disque qui semble vouloir montrer toutes les facettes de sa voix et de sa personnalité.
L’album comporte douze titres et a été enregistré en Auvergne, notamment aux studios Bat Records et Black Stone, puis à Abbey Road.
Huit morceaux ont également été enregistrés en live session.
Thomas y mêle soul des années 1960 et production contemporaine, avec des rythmiques puissantes, des basses profondes, des guitares et des orgues Hammond.
Mais au-delà de la musique, Undertones raconte surtout une reconstruction.
Les épreuves personnelles deviennent des chansons.
La peur devient de l’énergie.
Le silence devient une nouvelle manière de chanter.
« My World » et « A lil bit of sunshine »
2026 marque donc le retour progressif de Thomas Kahn.
Parmi les nouvelles chansons publiées cette année figurent notamment « My World » et « A lil bit of sunshine », sortie le 19 juin 2026.
Ces nouveaux titres accompagnent la préparation de Undertones et permettent de découvrir progressivement la nouvelle direction de l’artiste.
Thomas ne semble pas vouloir effacer ce qu’il a été.
Au contraire, il s’appuie sur tout ce qu’il a vécu pour aller plus loin.
Une nouvelle tournée
Le retour de Thomas Kahn ne se limite pas au studio.
Il retrouve également la scène en 2026.
Parmi les dates annoncées figurent notamment le Rhino Jazz Festival en septembre, Franconville en octobre, Plougastel-Daoulas en novembre, mais également Paris à La Maroquinerie et Clermont-Ferrand à La Coopérative de Mai le 26 novembre 2026.
Cette dernière date aura forcément une résonance particulière.
Thomas Kahn a construit une partie importante de son parcours en Auvergne et revendique aujourd’hui pleinement cette identité.
L’Auvergne au cœur de son histoire
Thomas Kahn est aujourd’hui associé à la scène soul auvergnate.
Il y a enregistré une partie importante de sa musique et travaille avec de nombreux musiciens de la région.
Il considère d’ailleurs l’Auvergne comme un véritable territoire musical, capable de faire émerger des artistes et des musiciens de grande qualité.
Cette implantation locale ne l’empêche évidemment pas de regarder beaucoup plus loin.
Sa musique puise ses racines dans la soul américaine, mais son parcours reste profondément français.
C’est peut-être ce mélange qui fait sa singularité.
Une carrière construite loin des raccourcis
Thomas Kahn aurait pu rester « le candidat de The Voice à la voix grave ».
Il aurait pu se contenter de reprendre les grands classiques de la soul.
Il a choisi une autre voie.
Depuis plus de dix ans, il construit patiemment son répertoire, multiplie les concerts, travaille avec des musiciens et développe une identité artistique de plus en plus forte.
Son parcours montre surtout qu’une émission de télévision peut être un point de départ sans nécessairement devenir une étiquette définitive.
Et maintenant ?
En 2026, Thomas Kahn arrive donc à un moment particulier de sa carrière.
Il possède derrière lui plus de dix ans de scène, plusieurs EP, deux albums, des centaines de concerts et une expérience télévisuelle qui l’a fait connaître du grand public.
Mais il revient également d’une épreuve qui aurait pu mettre un terme à sa carrière.
Sa voix, celle qui lui avait permis de se faire remarquer dans le métro puis dans The Voice, a été fragilisée.
Il a dû la retrouver.
Et aujourd’hui, il chante de nouveau.
Avec Undertones, Thomas Kahn ne cherche donc pas simplement à publier un nouvel album.
Il célèbre le fait de pouvoir encore chanter.
Après avoir perdu sa voix pendant un an, Thomas Kahn revient avec quelque chose que l’on entend rarement chez un artiste : la conscience de la chance de pouvoir encore prendre un micro.
Et lorsqu’il le fait, sa soul prend forcément une autre dimension.














