Joseph Kamel : celui qui chante ses histoires et écrit aussi celles des autres

Il y a sa silhouette, difficile à manquer. Son bonnet devenu presque une signature. Et surtout cette voix grave, profonde, immédiatement reconnaissable.

Avec « Celui qui part », Joseph Kamel s’est progressivement installé sur les radios et dans les playlists. Puis il y a eu « Beau », partagé avec Julien Doré, « Ton regard », un premier album, des dizaines de concerts…

En quelques années seulement, Joseph Kamel est devenu l’un des visages familiers de la nouvelle scène française.

Mais il existe une autre facette du personnage, moins visible du grand public et pourtant essentielle pour comprendre l’artiste : Joseph Kamel écrit aussi pour les autres.

Et si vous avez écouté la chanson française ces dernières années, il y a même de fortes chances que vous connaissiez déjà certaines de ses créations sans forcément savoir qu’il se cachait derrière.

Du Caire à Caen

L’histoire commence entre deux pays et deux cultures.

Franco-égyptien, Joseph Kamel passe les premières années de son enfance au Caire. À la maison, les univers musicaux se mélangent déjà : Supertramp et Tracy Chapman côtoient les disques d’Abdel Wahab ou de Fairuz.

Il commence la musique très jeune, autour de huit ans, notamment avec le piano et le oud, cet instrument traditionnel oriental. Lorsqu’il arrive en France à l’adolescence, la guitare vient compléter son apprentissage.

Caen deviendra sa ville d’attache.

Et ce mélange d’influences restera quelque part dans son identité : Joseph Kamel ne cherche pas vraiment à appartenir à une case précise. Sa musique navigue entre chanson française et pop, avec une place particulièrement importante accordée aux mots et aux histoires.

Avant les tubes, pourtant, il faudra se faire remarquer.

The Artist, première exposition

En 2021, Joseph Kamel participe à « The Artist », le télécrochet imaginé et présenté par Nagui sur France 2.

Le programme ne connaîtra pas une longue existence, mais l’expérience sera beaucoup plus importante pour Joseph. Contrairement à de nombreux concours centrés sur l’interprétation, The Artist met en avant des auteurs-compositeurs-interprètes venus défendre leur propre univers.

Joseph atteint la finale.

Il n’en ressort pas avec la victoire, mais avec quelque chose qui lui sera finalement beaucoup plus utile : une première visibilité pour ses chansons.

Le public découvre notamment Dis-moi, qui connaîtra ensuite une vie au-delà de l’émission et trouvera quelques années plus tard sa place sur son premier album.

Et très vite, une nouvelle porte s’ouvre.

Julien Doré, une rencontre qui change la dimension

Joseph Kamel est choisi pour assurer les premières parties de Julien Doré lors de sa tournée Aimée.

Pas une ou deux dates pour essayer.

Vingt-deux concerts.

Et surtout des Zéniths.

Pour un jeune artiste encore peu connu, le changement d’échelle est considérable. Il faut monter seul devant plusieurs milliers de personnes qui, pour l’immense majorité, ne sont pas venues pour vous.

Quelques chansons pour convaincre.

Quelques minutes pour créer quelque chose.

Joseph Kamel apprend ainsi la scène dans ce qu’elle peut avoir de plus exigeant.

Et l’histoire avec Julien Doré ne s’arrêtera pas à ces premières parties.

Les deux artistes se retrouveront bientôt sur une chanson.

Son titre : « Beau ».

Un morceau qui va considérablement élargir encore le public de Joseph et devenir l’un des titres emblématiques de son début de carrière.

Il y a quelque chose d’assez joli dans cette histoire : celui qui ouvrait quelques mois auparavant les concerts de Julien Doré se retrouve désormais à chanter avec lui.

« Celui qui part », la chanson qui reste

Mais entre-temps, une chanson a véritablement changé la trajectoire de Joseph Kamel.

« Celui qui part ».

Une chanson sur l’absence, les séparations, ceux qui s’en vont et ceux qui restent.

Le morceau possède ce qui caractérise une grande partie de son écriture : des mots simples, immédiatement compréhensibles, qui viennent toucher quelque chose de beaucoup plus intime.

Pas besoin d’effets spectaculaires.

La voix fait le reste.

Avec Celui qui part, Joseph Kamel trouve surtout ce que tous les jeunes artistes recherchent : une chanson qui permet au public de mettre définitivement un nom sur une voix.

Elle devient l’un des piliers de son premier album.

« Miroirs », se raconter sans tout raconter

Le 27 octobre 2023 paraît « Miroirs », son premier album.

Le titre est particulièrement bien choisi.

Parce que Joseph Kamel y parle de lui, bien sûr, mais aussi de ce que chacun peut retrouver de sa propre histoire dans celle des autres.

Il y est question des ruptures, de la peur des au revoir, des nouveaux départs, de l’image que l’on renvoie, de celle que l’on aimerait renvoyer, des relations humaines, du temps qui passe et de cette recherche de vérité que l’on poursuit parfois toute une vie.

Du Caire à Caen, l’album assemble souvenirs, interrogations et morceaux de vie.

On y retrouve notamment « Celui qui part », Dis-moi, Ados, Caire, Premier rendez-vous, mais aussi « Beau » avec Julien Doré.

L’album connaîtra ensuite une nouvelle édition enrichie de plusieurs morceaux, parmi lesquels « Tu vis » avec Mentissa et Ton regard.

Miroirs finira par être certifié disque d’or.

Joseph Kamel n’est plus simplement un artiste que l’on a aperçu dans une émission de télévision.

Il est installé.

Et pendant ce temps-là, un certain Pierre Garnier…

C’est pourtant en travaillant sur la chanson d’un autre que Joseph Kamel va participer à l’un des plus gros phénomènes musicaux français de ces dernières années.

L’histoire se déroule à Caen.

Joseph fait la connaissance d’un autre jeune musicien normand : Pierre Garnier.

Le courant passe.

Avec l’autrice-compositrice DAYSY, ils se mettent à écrire.

Une chanson naît.

Elle s’appelle « Ceux qu’on était ».

Quelques mois plus tard, Pierre Garnier entre à la Star Academy. Il interprète la chanson pendant l’aventure et le public la découvre avant même qu’elle ne soit officiellement publiée.

La suite est connue.

Pierre Garnier remporte la Star Academy. Ceux qu’on était sort quelques jours plus tard et devient un phénomène.

Single de diamant, récompenses, millions d’écoutes : la chanson accompagne l’explosion de la carrière du jeune chanteur.

Et derrière ce tube se trouvent donc trois noms : Pierre Garnier, DAYSY et Joseph Kamel.

Une anecdote rend l’histoire encore plus savoureuse : Joseph racontera que le morceau est né en moins d’une heure, dans un minuscule studio aménagé au sous-sol de la maison des parents de Pierre.

Comme quoi, les énormes succès ne naissent pas forcément dans d’immenses studios.

Chanter pour soi, écrire pour les autres

Ceux qu’on était permet surtout au grand public de découvrir une facette que le milieu musical connaissait déjà : Joseph Kamel n’est pas seulement interprète.

Il est auteur et compositeur.

Et il aime visiblement autant mettre des mots sur ses propres émotions que chercher ceux qui conviendront à la voix d’un autre.

Au fil des projets, son nom apparaît ainsi aux côtés de plusieurs artistes. Il travaille notamment avec Mentissa, M. Pokora, Marine ou encore, bien sûr, Pierre Garnier.

Avec ce dernier, la collaboration dépasse d’ailleurs largement Ceux qu’on était puisque Joseph participe à plusieurs chansons de son univers.

C’est un exercice très différent de l’écriture pour soi.

Écrire sa propre chanson permet de raconter son histoire. Écrire pour quelqu’un d’autre demande au contraire de comprendre sa sensibilité, sa façon de parler et ce qu’il pourra défendre naturellement une fois devant le micro.

Joseph Kamel semble aimer les deux.

La lumière et l’ombre.

Son nom écrit en grand sur l’affiche et son nom, beaucoup plus petit, dans les crédits d’une chanson.

Les Enfoirés : encore une chanson pour les autres

En 2025, une autre étape symbolique est franchie.

Joseph Kamel rejoint Les Enfoirés.

Mais là encore, il ne se contente pas de monter sur scène.

Avec DAYSY, il participe à l’écriture et à la composition de « Le monde demain », l’hymne des Enfoirés 2025.

Difficile de trouver meilleure illustration de cette double identité.

Joseph Kamel peut désormais interpréter ses propres succès devant des milliers de spectateurs et, parallèlement, créer des chansons destinées à être chantées par d’autres.

Son parcours commence à ressembler moins à celui d’un chanteur à succès qu’à celui d’un véritable artisan de la chanson.

Plus de 70 concerts et un retour à la maison

Pendant que les chansons voyagent, Joseph, lui, passe une grande partie de son temps sur les routes.

La tournée de Miroirs dépasse les 70 dates, en France mais également en Belgique et au Luxembourg.

Les salles parisiennes grandissent elles aussi.

Après le Zèbre de Belleville et l’Européen, tous deux complets, vient La Cigale.

Et le 29 mai 2026, une date possède forcément une saveur particulière : le Zénith de Caen.

La salle qu’il regardait autrefois comme un rêve presque inaccessible.

La même aussi qu’il avait découverte quelques années auparavant en première partie de Julien Doré.

Cette fois, le nom inscrit sur l’affiche est le sien.

Une jolie manière de mesurer le chemin parcouru.

2026 : après les « Miroirs », un nouveau reflet ?

Un premier album ne peut pourtant pas durer éternellement.

Après plusieurs années à défendre Miroirs, Joseph Kamel a commencé en 2026 à laisser apparaître les contours de la suite.

En mars, il dévoile « Crash ».

Le titre marque le début de ce qu’il présente lui-même comme une nouvelle aventure et un nouveau chapitre.

Puis, le 17 juillet, arrive « Insomnie ».

Et le contraste est intéressant.

Cette fois, Joseph Kamel revient à quelque chose de particulièrement dépouillé : une ballade piano-voix dans laquelle il évoque ces nuits où le cerveau refuse obstinément de s’arrêter.

Les pensées tournent.

Les inquiétudes reviennent.

Tout ce que la journée permet parfois de maintenir à distance semble soudain prendre davantage de place lorsque le silence s’installe.

Le clip est d’ailleurs tourné dans les rues désertes de Caen, la nuit.

Encore Caen.

Toujours Caen.

Et maintenant, l’Olympia

La prochaine étape est déjà inscrite en lettres rouges.

Le 13 novembre 2026, Joseph Kamel sera à l’Olympia.

Une salle mythique qui arrive après plusieurs concerts parisiens complets et qui symbolise assez parfaitement le changement de dimension vécu en quelques années.

Du candidat de The Artist au jeune homme envoyé chauffer les Zéniths avant l’arrivée de Julien Doré.

Du chanteur de Celui qui part au coauteur de l’un des plus grands tubes de Pierre Garnier.

Des premières petites salles à La Cigale, au Zénith de Caen puis à l’Olympia.

Tout est allé vite.

Et pourtant, sa carrière donne étrangement l’impression inverse.

Celui qui reste

C’est peut-être finalement le plus intéressant chez Joseph Kamel.

Son ascension n’a pas reposé sur un unique moment viral ou sur une exposition télévisée spectaculaire.

Elle s’est construite chanson après chanson, concert après concert, rencontre après rencontre.

Julien Doré lui a ouvert les portes des Zéniths avant de partager Beau avec lui. Celui qui part lui a donné son premier grand succès personnel. Miroirs a installé son univers. Pierre Garnier a permis au grand public de découvrir qu’il pouvait aussi participer à la création d’un immense tube pour quelqu’un d’autre.

Et pendant tout ce temps, Joseph a continué d’écrire.

Pour lui.

Pour les autres.

Parfois dans la lumière, parfois beaucoup plus discrètement.

Alors que Crash et Insomnie commencent désormais à dessiner l’après-Miroirs, une chose semble acquise : Joseph Kamel n’est plus seulement l’une des promesses de la nouvelle scène française.

« Celui qui part » l’a fait connaître.

Quelques années plus tard, tout indique surtout que Joseph Kamel est celui qui reste.