Allan Vermeer : de la télévision à une chanson française devenue très personnelle
Certains artistes restent longtemps associés à l’émission qui les a révélés. Pour Allan Vermeer, ce serait pourtant passer à côté de l’essentiel. Car derrière le jeune chanteur découvert à 17 ans sur France 2 se cache aujourd’hui un auteur-compositeur-interprète au parcours beaucoup plus riche, construit entre chanson française, jazz, pop, électro, cabarets, écriture et surtout une passion pour la scène qui ne l’a jamais vraiment quitté.
Une histoire qui commence bien avant les caméras, du côté de la Baie de Somme.
La musique comme une histoire de famille
Allan Vermeer grandit dans une famille où la musique est omniprésente. Son père, son grand-père et son frère jouent au sein du Traditional Jazz Band, formation de la Baie de Somme. Enfant, Allan écoute ces musiciens jouer pendant des heures et commence lui-même très tôt l’apprentissage du solfège et du piano.
Mais la musique ne lui suffit déjà pas. Il est également attiré par le théâtre et la scène. À seulement sept ans, il rejoint une troupe de comédies musicales baptisée Les Étoiles et interprète Gavroche dans Les Misérables. Suivront notamment Starmania, Le Chanteur de Mexico, Notre-Dame de Paris ou encore Émilie Jolie.
La scène devient progressivement son terrain naturel.
À l’adolescence, il se met également à chanter dans les rues du Tréport. À partir de quinze ans, accompagné notamment de sa sœur Lisa, il se produit place Notre-Dame et dans le quartier des Cordiers. Habitants, marins, touristes et simples passants constituent alors son premier véritable public.
Le Tréport restera d’ailleurs profondément lié à son histoire personnelle et artistique.
17 ans et une victoire sur France 2
En 2004, l’une de ses tantes l’inscrit à un casting. Allan n’a que 17 ans lorsqu’il participe à Entrée d’artistes, le télé-crochet présenté par Pascal Sevran sur France 2.
Parmi plusieurs milliers de candidats, le jeune homme se fait progressivement une place jusqu’à atteindre la finale. Il y interprète notamment Pour ne pas vivre seul, chanson créée par Dalida, et remporte finalement le concours.
Nous sommes le 21 juin 2004.
Cette victoire change brutalement son quotidien. Elle lui permet d’enregistrer un premier album et de passer presque instantanément des rues du Tréport aux plateaux de télévision et aux grandes salles.
Son premier disque, Je vous ai attendue, paraît en 2005. Il rassemble chansons originales et reprises et bénéficie notamment de la collaboration de l’écrivain Philippe Besson, auteur des textes de Le Tréport et Un souvenir de lui.
Michel Delpech fait également partie des rencontres importantes de cette période. Allan reprend notamment Chez Laurette et Tu me fais planer.
Les plateaux télé, l’Olympia… puis une autre vie
Pendant plusieurs années, Allan Vermeer enchaîne les émissions de télévision, les concerts et les tournées. On le retrouve dans des programmes présentés par Michel Drucker, Laurent Ruquier ou Thierry Ardisson ainsi que dans Le Symphonique Show.
Il chante également sur différentes scènes parisiennes, parmi lesquelles l’Olympia, le Palais des Congrès et le Trianon. Une tournée donnera naissance en 2006 au DVD Tout partager.
Au Tréport, où il revient donner un concert salle Reggiani, le lien avec ses origines reste intact. La ville lui remet même la distinction de citoyen d’honneur.
Mais après cette période d’exposition particulièrement intense, Allan Vermeer ressent le besoin de reprendre le contrôle de son parcours.
Il s’installe à Montmartre et fréquente les cabarets parisiens. Le Canotier, la Crémaillère 1900 ou encore les premières parties de Chez Michou deviennent de nouveaux lieux d’apprentissage.
Loin des grandes émissions de télévision, c’est dans cette proximité avec le public qu’il va véritablement se découvrir en tant que chanteur.
Vermeer se construit loin des projecteurs
Cette période marque un tournant.
Allan suit pendant plusieurs années une formation à l’École Richard Cross, où il travaille le chant mais aussi la danse et le théâtre. Parallèlement, il mène pendant quelque temps une vie beaucoup plus ordinaire et travaille notamment comme bibliothécaire.
Le soir, pourtant, les chansons continuent de s’écrire.
En 2008, une autre facette de sa personnalité apparaît avec la publication de son premier roman, La chair et les pépins, récit largement inspiré de ses années montmartroises.
Cette parenthèse lui permet surtout de mûrir artistiquement. Celui que le public avait découvert comme interprète commence à devenir pleinement auteur et compositeur de ses propres chansons.
Avec le pianiste Bertrand Ravalard, rencontré quelques années auparavant à Paris, il développe notamment le spectacle intimiste Vermeer et moi. Puis vient un projet plus ambitieux : Vents contraires.
Vents contraires, le véritable nouveau départ
En décembre 2013 paraît Vents contraires, son deuxième album.
Presque neuf années séparent ce disque de Je vous ai attendue. Entre les deux, l’artiste a changé. Il ne s’agit plus simplement du jeune chanteur révélé par la télévision : Allan Vermeer possède désormais ses propres histoires, son écriture et une identité artistique qu’il a eu le temps de construire.
Le projet donne également naissance à un seul-en-scène mêlant musique, lumière et danse. Un spectacle qu’il fera vivre pendant plusieurs années en France mais également à travers l’Europe, notamment à bord de bateaux de croisière.
La scène reste décidément le fil rouge de son parcours.
Une phrase prononcée à la fin de nombreux concerts pourrait d’ailleurs résumer ce rapport presque viscéral au spectacle : « Je ne suis bien qu’ici, vivant. »
Apollon des bacs à sable, derrière les apparences
Il faut ensuite attendre 2019 pour voir naître un nouveau chapitre.
Allan Vermeer commence alors l’écriture de Apollon des bacs à sable. Cinq premiers titres sont dévoilés en 2020 avant la sortie de l’album complet au printemps 2021.
Cette fois, l’évolution musicale est particulièrement nette. Le chanteur s’éloigne en partie des sonorités jazz qui avaient marqué certains de ses précédents projets pour se tourner davantage vers la pop et l’électro, tout en restant profondément attaché à la chanson française.
Mais le changement ne concerne pas seulement les arrangements.
Apollon des bacs à sable est un disque sur les apparences et sur ce qu’elles peuvent dissimuler. Allan Vermeer y questionne notamment l’image que l’on donne de soi, à la télévision, sur scène ou désormais sur les réseaux sociaux, face à la personne beaucoup plus fragile et hésitante qui peut se cacher derrière.
Le titre de l’album joue précisément avec ce paradoxe : celui de l’« Apollon » que les autres peuvent regarder et de l’éternel débutant qui continue intérieurement à douter.
Les chansons parlent des relations humaines, des amours, des rancœurs, des fantasmes ou des souvenirs. La mer et la plage y occupent également une place importante, comme un retour régulier vers les paysages de son enfance.
La mer, toujours quelque part
Difficile en effet de raconter Allan Vermeer sans parler de la mer.
Dans La mer juste à quatre minutes, il évoque son grand-père, celui qui lui avait appris le piano et le solfège et avec lequel il avait partagé tant de moments musicaux durant son enfance.
La chanson naît après qu’Allan retrouve un clavier offert par ce grand-père. Après plusieurs années sans véritablement écrire ou composer, l’émotion fait revenir la musique presque spontanément.
Le souvenir de la maison de retraite où il allait lui rendre visite, face à la mer, nourrit alors l’un des morceaux les plus personnels du projet.
Cette relation aux origines traverse finalement toute sa carrière : la Baie de Somme, Le Tréport, la plage, la famille et les souvenirs reviennent régulièrement dans ses chansons, même lorsque les sonorités deviennent plus modernes.
Un artiste qui n’a jamais cessé de chanter
Plus de vingt ans après sa première apparition télévisée, Allan Vermeer continue de se produire régulièrement sur scène. Son site officiel affiche encore de nombreux concerts en 2026, preuve d’une carrière qui s’est finalement installée dans la durée.
Et c’est peut-être là que son parcours devient le plus intéressant.
Car la victoire dans Entrée d’artistes aurait pu n’être qu’une parenthèse télévisuelle du début des années 2000. Allan Vermeer en a fait le point de départ d’autre chose.
Il aura connu les plateaux télé, l’Olympia et les grandes salles, puis les cabarets, les pianos-bars, les petites scènes et même le métro parisien. Il aura été interprète avant de devenir auteur-compositeur, aura publié un roman, changé d’univers musical et accepté de repartir presque de zéro pour trouver celui qui lui correspondait réellement.
Son dernier album studio, Apollon des bacs à sable, date de 2021, mais Allan continue depuis à chanter, à donner des concerts et à partager également différentes reprises, parmi lesquelles Come Into My Arms de November Ultra ou Mourir sur scène de Dalida.
Un choix qui forme d’ailleurs une jolie boucle : Dalida était déjà là en 2004 lorsque, à seulement 17 ans, il remportait son concours avec Pour ne pas vivre seul.
Plus de vingt ans ont passé. Le jeune homme découvert chez Pascal Sevran a beaucoup changé, sa musique aussi. Mais de la place Notre-Dame du Tréport aux scènes qu’il fréquente aujourd’hui, une chose semble finalement n’avoir jamais bougé : Allan Vermeer chante parce que c’est là qu’il se sent vivant.





















