Félix Radu, quand les mots deviennent musique
Il y a ceux qui écrivent des chansons, ceux qui racontent des histoires et ceux qui montent sur scène. Félix Radu, lui, semble avoir décidé de ne pas choisir. Auteur, comédien, chroniqueur et désormais chanteur, le Belge originaire de Namur construit depuis plusieurs années un univers dans lequel les mots occupent toujours la première place. Des mots pour faire sourire, pour parler d’amour, pour raconter les doutes, les souvenirs ou les blessures. Et, depuis peu, des mots qui se posent aussi sur de la musique.
Les mots comme point de départ
Chez Félix Radu, tout commence très tôt par la littérature. Passionné par la langue française et par les possibilités presque infinies qu’offrent les mots, il écrit à seulement 16 ans un premier seul-en-scène qui lui vaut le prix Raymond Devos de l’humour. Une récompense qui donne déjà une bonne indication de ce qui deviendra sa marque de fabrique : jouer avec la langue sans jamais oublier ce qu’elle peut provoquer comme émotion.
À 20 ans, il est admis à la Classe Libre des Cours Florent et quitte la Belgique pour Paris. Il y écrit notamment Rose & Massimo, une pièce racontant une histoire d’amour impossible, dont Alexis Michalik signe la préface. Le texte sera ensuite publié chez Fayard et porté sur scène, notamment au Festival OFF d’Avignon et au Petit Théâtre Montparnasse. Félix Radu y interprète lui-même Massimo et sera récompensé comme meilleur comédien du Festival d’Avignon 2023.
Parallèlement, son spectacle Les mots s’improsent, mis en scène par Julien Alluguette, l’emmène sur les scènes de Belgique, de France et de Suisse jusqu’à la fin de l’année 2023.
De la scène à la radio
Mais la voix de Félix Radu ne reste pas cantonnée aux théâtres. Il rejoint Matin Première sur la RTBF et ses chroniques rencontrent un très large écho sur les réseaux sociaux. Certaines cumulent plusieurs millions de vues. Il apparaît également sur France Télévisions et imagine Félix Délire, un programme de vulgarisation littéraire destiné notamment à rapprocher les plus jeunes de la poésie.
Peu à peu, une évidence apparaît : lorsque Félix Radu récite ses textes, il existe déjà quelque chose de profondément musical dans sa manière de les interpréter. Les silences, les accélérations, les changements de rythme et cette façon de faire claquer ou, au contraire, de suspendre certains mots rendent la frontière entre texte parlé et chanson de plus en plus mince.
Il ne restait finalement qu’à la franchir.
« Ma mère », le premier pas vers la chanson
Le 26 mai 2024, Félix Radu publie Ma mère, son premier titre musical. Un morceau particulièrement intime qui ouvre un nouveau chapitre de sa carrière. D’autres chansons suivent : Je voudrais tomber amoureux, 20h33, Pluie dans ma tête ou encore Allez viens !.
Pour autant, Félix Radu ne devient pas soudainement un chanteur traditionnel. Il conserve ce qui faisait déjà son identité. Sa musique se situe quelque part entre chanson française, poésie parlée, slam et sonorités plus contemporaines. Il peut chanter une phrase, en dire la suivante, murmurer quelques mots et laisser ensuite la musique prolonger l’émotion.
Chez lui, la chanson semble presque être une nouvelle façon de raconter des histoires.
« Infini +3 », un premier album comme un film d’amour
Cette évolution prend véritablement forme le 26 septembre 2025 avec la sortie de son premier album, Infini +3, chez Columbia. Treize titres et un peu plus de 38 minutes dans lesquels Félix Radu fait se rencontrer la prose, les vers, le parlé et le chant.
L’album est construit comme un film d’amour. On y traverse l’attente, la rencontre, l’enthousiasme, les questionnements, puis parfois la douleur et le manque. Une sorte de parcours sentimental dans lequel chacun peut retrouver quelque chose de sa propre histoire.
Les titres eux-mêmes donnent le ton : Je voudrais tomber amoureux, Le temps d’un café, Parler, c’est déjà faire l’amour, Apprends-moi à danser, Elle a dit, Pluie dans ma tête, J’accuse, Ma mère, Et s’aimer, Que reste-t-il ? ou encore 20h33.
Il est beaucoup question d’amour, évidemment, mais pas seulement de l’amour idéalisé. Félix Radu s’intéresse à ce qui se passe avant, pendant et après : l’envie d’aimer, la peur, les maladresses, les souvenirs et ces petits instants apparemment insignifiants qui finissent parfois par rester en mémoire plus longtemps que les grands événements.
Parler, chanter… quelle importance ?
C’est sans doute ce qui rend Infini +3 particulier. Félix Radu ne cherche pas vraiment à savoir dans quelle case placer sa musique.
Est-ce de la chanson française ? Du slam ? De la poésie mise en musique ? Un peu de tout cela à la fois.
L’album assume justement cette liberté. La voix peut devenir mélodie avant de revenir au texte parlé. Une chanson peut ressembler quelques secondes à une chronique, puis basculer vers quelque chose de beaucoup plus musical. Cette manière de naviguer entre les formes donne l’impression que Félix Radu n’a pas abandonné son métier d’auteur pour devenir chanteur : il a simplement ajouté la musique à sa boîte à outils.
Et au centre de tout cela reste ce qui l’accompagne depuis ses débuts : l’amour des mots et de ce qu’ils sont capables de raconter.
De nouvelles rencontres musicales
L’histoire ne s’est d’ailleurs pas arrêtée avec la sortie de l’album. En 2026, Félix Radu s’est amusé à confronter son univers à celui d’autres artistes.
Avec le rappeur marseillais Kemmler, il se lance le défi de créer une chanson en seulement une heure. L’expérience donnera finalement naissance à Ami de moi, sorti le 17 avril 2026. Derrière le défi se dessine un morceau consacré à l’amitié, aux confidences et à ces moments où l’on ose dire à quelqu’un que tout ne va pas forcément bien.
Quelques semaines plus tard, nouvelle expérience avec Marine. Là encore, le principe est simple : écrire et composer ensemble en une heure. De cette rencontre naît On m’avait dit, sorti le 1er mai 2026, où la poésie de Félix Radu rencontre la douceur de la voix de la chanteuse.
Deux collaborations qui montrent aussi que son projet musical continue d’évoluer et qu’il aime provoquer des rencontres entre son écriture et des univers différents.
Les mots prennent maintenant la route
Après un premier concert au Café de la Danse à Paris en 2025, complet en seulement deux heures selon son site officiel, Infini +3 est désormais devenu un véritable spectacle en tournée en France et en Belgique.
Et l’aventure prend de l’ampleur. Félix Radu est notamment attendu à l’Olympia de Paris le 4 novembre 2026, une date affichée complète, avant de retrouver la Belgique au Cirque Royal de Bruxelles le 6 novembre, puis au Théâtre Royal de Mons le 21 novembre. La tournée doit se poursuivre en 2027 avec de nombreuses dates en France et en Belgique.
Une jolie trajectoire pour celui qui, finalement, n’a peut-être jamais réellement changé de métier.
De ses premières scènes à ses chroniques radio, de Rose & Massimo à Infini +3, Félix Radu fait toujours la même chose : il raconte.
Seulement aujourd’hui, entre deux phrases, il y a aussi quelques notes de musique.
Et lorsqu’on a passé sa vie à chercher les mots justes, la chanson était peut-être tout simplement la suite de la phrase.
























