Axelle Red et Renaud : « Chanter pour elles », vingt-quatre ans après « Manhattan-Kaboul »
Il y a des retrouvailles qui dépassent largement le simple plaisir de la nostalgie. Vingt-quatre ans après « Manhattan-Kaboul », Axelle Red retrouve Renaud avec « Chanter pour elles », une chanson engagée qui fait directement écho à leur immense succès de 2002. Mais cette fois, ce sont les femmes privées de leurs libertés qui sont au cœur du récit.
Dévoilé le 30 septembre 2026, « Chanter pour elles » marque aussi le grand retour musical d’Axelle Red. Près de huit ans après son dernier album, la chanteuse belge revient avec un morceau qui renoue avec l’une des dimensions importantes de son parcours : mettre la musique au service d’un message et utiliser les mots pour raconter ceux que l’on n’entend pas suffisamment. Ce titre constitue le premier aperçu d’un nouvel album annoncé pour 2027.
De Manhattan à Kaboul, l’histoire continue
Impossible évidemment d’écouter cette nouvelle chanson sans penser à « Manhattan-Kaboul ». En 2002, Axelle Red et Renaud racontaient deux destins anonymes brisés par la violence du monde : celui d’un Portoricain travaillant à New York et celui d’une jeune Afghane. Deux personnages éloignés de plusieurs milliers de kilomètres mais réunis par les conséquences d’événements qui les dépassaient.
Plus de deux décennies plus tard, Kaboul est de nouveau là.
Axelle Red présente d’ailleurs « Chanter pour elles » comme une « suite spirituelle » de cette première collaboration. Le regard se porte désormais sur les femmes victimes d’oppression à travers le monde, avec une attention particulière pour celles qui vivent en Afghanistan sous le régime des talibans. Privées de nombreux droits fondamentaux et progressivement effacées de l’espace public, elles deviennent ici celles pour qui il faut continuer à parler, à écrire… et à chanter.
Renaud, une présence courte mais chargée de sens
Ceux qui s’attendent à retrouver un duo construit comme « Manhattan-Kaboul » seront peut-être surpris. Dans « Chanter pour elles », Axelle Red occupe largement le premier plan et Renaud n’intervient que brièvement.
Mais ces quelques secondes suffisent à créer le lien entre les deux chansons. Sa voix apparaît précisément lorsque Kaboul revient dans le texte. Une présence presque comme un écho venu de 2002, qui donne à son intervention une force particulière. Renaud n’a finalement pas besoin d’occuper la moitié de la chanson : sa voix et tout ce qu’elle rappelle suffisent à relier les deux époques.
Et le choix de Renaud semble d’autant plus naturel que l’engagement a toujours occupé une place essentielle dans son œuvre. Cinquante ans après ses débuts, le chanteur conserve cette capacité à incarner, parfois en quelques mots seulement, une chanson qui regarde du côté de ceux que la société oublie ou abandonne. Ses retrouvailles avec Axelle Red prennent ainsi une dimension qui va bien au-delà d’un clin d’œil destiné aux nostalgiques.
Chanter pour celles que l’on veut faire taire
Le titre résume finalement à lui seul toute l’intention du morceau : chanter pour elles.
Chanter pour celles qui ne peuvent plus le faire. Pour celles dont la parole est interdite ou ignorée. Pour celles auxquelles on impose le silence. Et rappeler qu’à des milliers de kilomètres de nous, des femmes continuent de se battre simplement pour étudier, travailler, sortir librement ou décider de leur propre vie.
Axelle Red ne cherche donc pas à reproduire « Manhattan-Kaboul ». Elle en reprend plutôt l’esprit. Là où la chanson de 2002 racontait comment des vies ordinaires pouvaient être broyées par la violence et la folie des hommes, « Chanter pour elles » observe un autre visage de cette violence : celui de libertés retirées progressivement jusqu’à vouloir rendre certaines femmes invisibles.
Un retour qui annonce la suite
Avec cette chanson, Axelle Red ouvre également un nouveau chapitre de sa carrière. Un album est annoncé pour 2027, tandis qu’un retour sur scène est déjà programmé, notamment avec un concert à l’Olympia de Paris le 21 novembre 2027.
Mais avant l’album et avant la scène, il y a donc cette chanson.
« Chanter pour elles » aurait pu se contenter de jouer sur l’émotion des retrouvailles entre Axelle Red et Renaud. Le duo de « Manhattan-Kaboul » reste suffisamment fort dans la mémoire collective pour que leurs deux noms réunis provoquent immédiatement quelque chose.
Ils ont pourtant choisi de donner un sens à ces retrouvailles.
Vingt-quatre ans après avoir chanté Kaboul ensemble, Axelle Red et Renaud y retournent symboliquement. Non pas pour regarder vers le passé, mais pour rappeler que certaines histoires que l’on aurait aimé voir appartenir à l’Histoire sont malheureusement toujours d’actualité.
Et que lorsque certains veulent imposer le silence, chanter peut encore être une manière de refuser de se taire.
























